INTERVIEW Léo Catonnet. Projet Ariane./

L’ésad a créé en septembre 2013 un cycle DNSEP(Master) mention Design Numérique. Ce cursus ouvre la possibilité d’une inscription simultanée à l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), afin d’y préparer le master spécialisé Design Centré Utilisateur (UxD). Léo Catonnet, étudiant en 4ième année à l’ésad d’Amiens, suit actuellement ce double cursus. Pendant son premier semestre, il a développé un projet personnel dans le cadre de ses études. Intitulé Ariane, ce projet ambitieux démontre un début propice de cette nouvelle collaboration entre les deux établissements. Nous avons voulu savoir plus sur ce projet et le déroulement de ce double cursus. Nous l’avons donc interviewé. Voici un extrait de cet entretient enregistrée avec Léo Catonnet.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer brièvement en quoi consiste le projet Ariane ?

Le projet Ariane est un projet de jeux vidéo en réseau où chaque joueur laisse, dans un espace vierge, une trace et qui est le seul élément graphique visible. Cet espace est donc construit des trajets des joueurs. Le but pour chaque joueur est d’atteindre certains objectifs qui sont communs pour tous. Il y a donc deux choix à faire; soit suivre les traces des autres, soit explorer des zones encore vierges pour trouver des nouveaux points d’intérêts.

Ce projet s’inscrit dans le double cursus entre l’ésad d’Amiens et l’UTC. Comment a-t-il été présenté ce projet et dans quel contexte ?

Nous avons un cours qui s’appelle Innovation et Éco-conception qui dure un semestre et pour lequel nous avons eu le choix de trois sujets. J’avais choisi un sujet qui portait sur la mémoire. Le projet était simplement d’amener un dispositif innovant et de prévoir son utilisation. À savoir que ce projet était destiné à vérifier notre méthodologie vis-à-vis du design d’expérience d’utilisateur.

Pouvez-vous nous expliquer plus sur cet aspect de ‘méthodologie’ dont vous parle ?

La méthodologie du design d’expérience d’utilisateur est une approche du design par laquelle nous projetons les utilisations avant même de concevoir l’objet. C’est-à-dire qu’on se fixe un objectif en termes d’expérience d’utilisateur. Je donne un exemple, j’ai  envie que l’utilisateur ait l’expérience d’un choix entre le fait de suivre et de découvrir. Ensuite j’invente un dispositif qui pousse l’utilisateur à avoir cet expérience. Un autre exemple donné lors de nos cours à l’UTC est le suivant : Pour concevoir une chaise, un designer d’objet va prendre un design archétype d’une chaise pour en faire une autre. Un designer d’expérience qui voudrait concevoir une chaise, il va d’abord penser à des questionnements comme qu’est-ce que c’est s’assoir pour un utilisateur. Il va donc essayer de redéfinir un objet, qui n’est pas forcément une chaise, mais qui sera un objet qui sert à s’assoir.  

Comment se passent les cours à l’UTC ?

Il y a deux type de cours. Ceux qui concernent le suivi de nos projets personnels et ceux qui abordent des sujets plus théoriques sur le design d’expérience en général. Dans ces cours théoriques, on nous présente des études de cas où nous avons souvent des intervenants extérieurs qui sont des professionnels du domaine. Nous avons également des cours d’éco-conception qui nous enseignent la mise en place d’un système qui soit éco-soutenable, c’est-à-dire, comment limiter l’utilisation des matières premières, limiter l’utilisation des ressources, essayer de développer un comportement soutenable de l’utilisateur et qu’en fin de vie, ces systèmes soient recyclables.

Comment avez-vous abordé les notions d’éco-conception dans votre projet ?

Par rapport à mon projet personnel, j’avais d’autre soucis concernant ces aspects là, puisque mon système était basé sur quelque chose d’immatériel. J’ai axé ma réflexions aux langages de programmation utilisés, et à « l’art » de savoir doser le hardware. C’était donc une question de comment rendre performatif un système informatique, à savoir que nous consommons également de l’électricité lorsqu’on utilise un ordinateur. J’ai finalement potassé beaucoup de livres sur l’éco-conception logiciel qui était fort intéressant.

Existe-t-il des ponts entre ce que vous apprenez à l’UTC et votre apprentissage à l’ésad ?

Les deux se nourrissent mutuellement. Évidemment, des connaissances en graphisme permettent d’avoir des projets qui sont mieux finis. D’un autre côté, lorsque je conçois des systèmes interactifs, je réfléchis maintenant différemment à l’utilisation. Cette vision d’utilisateur change ma méthodologie forcément. D’ailleurs, c’est une méthodologie qui se rapproche tout de même de celle qui propose Olivier Cornet et Laurent Herbet au sein de l’ésad.

Suivre un cursus orienté design avec un cursus orienté technologie est une approche rare pour une école d’art. En quoi ces deux disciplines enrichit votre apprentissage ?

L’avantage du cursus à l’UTC, c’est qu’il réunit des élèves de différents d’horizons. On a des gens issus de la sociologie qui sont plutôt sensibles à l’étude comportemental de l’utilisateur avec vocation de proposer des produits pertinents dans le contexte actuel. On a des ergonomes qui veillent à la bonne prise en main d’un système. On a des graphistes comme nous qui ont tendance à s’occuper du sens et de la pertinence d’un projet. Il y a aussi des développeurs qui ont un bagage technique de création de logiciels ou de site web. La croisé de ces gens là créé une dynamique propice au développement et à la réflexion des projets car on est directement confronté aux problèmes liées. À savoir, comment parler à un développeur en tant que graphiste et lui expliquer que l’approche graphique d’un projet est aussi important que l’approche technique.

Personnellement, comment avez-vous approprié ces nouvelles connaissances et quelles sont les intérêts en général pour des élèves qui envisagent à s’inscrire au double cursus ?

Personnellement, Je me dirige vers le domaine du jeux vidéo. C’est avec l’arrivé du design numérique et du design d’interaction en troisième et quatrième année à l’ésad que je me suis intéressé au lien avec ce que je savais faire, le graphisme, et ce que je voulais faire, le jeux vidéo. Finalement, l’idée du design d’expérience s’approche beaucoup du game design. On veut donner au joueur une expérience particulière et c’est comment, à travers des interactions qu’on propose dans un jeu, on amène à faire ressentir une certaine expérience. En fin de compte, je pense plutôt que devenir un designer graphique avec des compétences dans le design numérique, c’était de devenir un designer numérique appliqué au monde d’interaction.

  
Plus généralement, le design d’expérience d’utilisateur tel qu’il est proposé dans les cours à l’UTC est extrêmement intéressant quel que soit la branche vers laquelle on veut se diriger. Même si en tant que graphiste, on conçoit quelque chose de statique, comme un logo ou une charte graphique, avoir une approche de l’expérience permet d’imaginer comment le destinataire évolue dans l’univers qu’on lui créé, et d’ouvrir des possibilités plus larges.