« François Glineur, peintures » exposition du 3 au 26 février

:bleu François Glineur (DNSEP 1998 ) retrouve à l’ésad les cimaises de l’école où il a étudié il y a une douzaine d’années avant d’entamer une carrière de peintre qu’il a délibérément choisi de mener à Amiens.

Il y présente une dizaine de grandes toiles, parfois de très grand format, réalisées ces dernières années. Son travail témoigne d’un combat, une lutte acharnée avec la peinture pour faire triompher la représentation. Ces figures et ces couleurs sans cesse raturées, recouvertes, redessinées contribuent à faire émerger avec jubilation la bonne image, le bon tableau en refusant l’élégance ou la séduction.

Exposition du 3 au 26 février 2010
vernissage le 3 février à partir de 17h30
du lundi au vendredi de 10h à 18h.

Une publication sera réalisée par Pham Dam Ca, élève de 4e année, à l’occasion de cette exposition, avec un texte de Marie-Claire Sellier.

Repas-de-fete-©-F.-Glineur

vernissage FG -2

Histoires de couple

Il livre tous les jours un combat, pour trouver « le héros qui sommeille en lui », et nous, nous voyons la lutte acharnée avec la peinture. Il peint des histoires d’amour ou plutôt de couples. D’une façon identique. Dans la lutte pour faire triompher une représentation, pas de répit. Il s’agit pour lui de trouver ce qui un temps le satisfera, lui donnera l’illusion qu’un instant, il a tenu la bonne image, le bon tableau. Et puis, comme ces personnages dépités qu’il représente à longueur de temps, il poussera plus loin cette quête rencontrant ainsi ce qui construit entre désarroi et jubilation : une œuvre inquiète, sans repos ni répit nous piégeant avec un vocabulaire issu parfois de la bande dessinée. Un sourire esquissé pour cet « Adam et Eve » qui semble si vulnérable, saisi après la faute, image burlesque de l’origine bien loin de Cranach mais si près de Picasso, ce n’est plus la culpabilité mais de morale qui s’agit.
C’est la défaite d’une position où dans la lucidité ironique de soi, le héros fatigué d’avoir à lutter pour sa représentation, piteux dans sa virilité, il semble hébété d’apparaître ainsi. Pour le peintre tout ceci est dérisoire , comme un désespoir de constater que la vie n’est que ça. La destruction de la belle ligne de ce qui serait séduisant rentre dans le combat contre la séduction, contre une figuration harmonieuse qui embarquerait la peinture dans un chemin refusé : plaire .
François Glineur est de cette espèce de peintre qui ne se satisfait pas d’une jolie image, il s’en méfierait plutôt, la jugeant si elle est trop élégante et séduisante, un peu facile.

Même dans sa manière de procéder dans le recouvrement de la toile, il pose cette notion de dialectique, de composition où des termes s’affrontent, que cela soit la peinture ou la ligne serpentine du dessin, le fond ou la surface. Mêmes les personnages jouent l’imbrication dans une lutte corps à corps où personne ne gagne. Tout s’équilibre finalement dans le résultat. La tension est à ce prix et gouverne l’espace pictural.
Toujours dans la tension entre deux termes, la toile confirme que faire de la peinture est d’abord la résistance avec le langage usé et revisité de la peinture, trouver une voie singulière comme un chemin inconnu qui se servirait de toutes les strates de l’histoire de l’art (pensons à la fois à Basquiat et à Schiele), pour parvenir à ne pas redire mais innover. Rencontrer sa propre langue. Il y a de cela dans la peinture au fond cramoisi de cette scène d’accouplement où l’empâtement de l’un, massif, pesant, lourd, recouvre le fantôme linéaire d’une mignonne dont la grâce épuise la masse. C’est ainsi, cela trouble parce qu’ainsi on parle de l’amour, de ses sentiments amoureux complexes. Le plus fort, le plus dense n’est pas celui remarqué en premier qui plierait sous le labeur amoureux mais plutôt la jolie petite donzelle au dessin précieux qui lui donne sa place. Dans une autre toile, cela se joue à l’inverse : la nageuse est massive et semble habitée par le fantôme d’un homme juste esquissé. Cela devient des histoires dès que l’on quitte l’attachement à la forme pour voir ce qui en surgit : quantité d’histoires d’amour, de couples qui se cherchent et bien qu’ils soient toujours deux dans l’espace, aucune position ne les rassure, tout se redéploie suivant des configurations qui permettent de comprendre. Tout cela n’est pas simple, pas plus que de faire de la peinture aujourd’hui.

L’idée de l’accouplement dans le vif de l’action n’impose pas un érotisme, mais porte la résignation de devoir en passer par là, comme il faut se coltiner la condition de la peinture pour avoir un tableau. Parfois un chien passe par là, museau en l’air, œil rond pointant le trivial de la situation qui n’est pas sans rappeler la trivialité du sexuel, sorte de contrepoint de l’humanité.

Pas d’héroïsme dans la figuration, juste une lucidité ironique admettant la défaite d’une position. Les héros sont des êtres fatigués et tel ce personnage gonflant ses biscoteaux, piteux dans sa virilité comme hébété d’apparaître ainsi. La confusion des superpositions de lignes rend particulièrement vivante la lecture de l’image se faisant comme un décryptage de calques, de couches et engageant un regard en profondeur. Des taches de couleurs vives et franches, il faut savoir les resituer dans des configurations sémantiques qui dévoilent le sens profond de l’œuvre. Puis les faire rentrer dans le repérage des autres formes et ainsi, dans cette tension constante dans les différents plans s’élabore un sentiment qui va du sourire à un regard introspectif sur ce qui mène le monde. Partant d’une question intime, dans un journal visuel, l’artiste invite à repenser ce rapport au monde dans l’obsession de l’héritage visuel des premières traces du paléolithique avec des gestes techniques frustres jusqu’au plus élaboré dessin matissien.
D’une dimension d’introspection biographique devenant alibi pour une figuration de cet amour, il provoque des regards sur la nécessité du tableau réinterrogé aujourd’hui.

Marie-Claire Sellier

Jean-Moulin--©-F.-Glineur